Pour elle aussi
— Lucie, tu sais que c'est la saint Valentin aujourd'hui ?
— La saint Valentin… tintin pour moi !
— …… ?
— Alors on n'en parle pas si tu veux bien !
— …… ??
— Me dis pas que t'as pas vu la tronche que j'ai depuis deux jours !
— …… ???
Et elle sortit en claquant la porte.
Aussi, de quoi elle lui parlait la soi-disant copine alors qu'elle venait tout juste de perdre Celui-qui-lui-déchirait-le-cœur. "M'en parler le jour de la saint Valentin, géniale la copine !"
Elle marchait comme on va au combat, la rage au coeur et à la bouche.
Un mec la regardait.
— C'est pas toi qui le remplacera ! lui a-t-elle jeté.
Arrivée chez elle, elle chercha ses clés – opération qui allait prendre du temps parce qu'aujourd'hui elle avait son grand sac fourre-tout… "Ca aussi c'est génial pour calmer les nerfs !"
Le portable sonna. Lui aussi il était au fond… avec les clés ! Elle vida tout par terre pour l'attraper.
— Allo ! cria-t-elle essoufflée, énervée, malheureuse, rancunière, noire et pleine d'espoir quand même des-fois-que-ce-soit-Lui-sait-on-jamais !
— Lucie ?…J'ai disjoncté l'autre jour… comment te dire… j'aurais pas dû, excuse-moi. Je t'aime. Tu m'entends, je t'aime, j'ai besoin de toi. Si tu savais ce que je regrette. Je suis en bas de chez toi, je commence à monter. Je veux te serrer dans mes bras… Lucie ?
Elle s'est retournée, il était là. Elle ne s'est même pas demandé comme elle a pu se jeter dans ses bras sans écraser l'énorme bouquet de fleurs qu'il tenait (comme un lampadaire) à la main.
Ca existait pour elle aussi, la saint Valentin.
(Extrait du recueil de nouvelles Une nuit, une vie de Michèle Joubert – Ed. Egyo)