Dans de nombreuses traditions, l'œuf est considéré comme étant à l'origine de la vie ou au principe de toutes choses… l'œuf cosmique qui se sépare en deux pour donner le ciel et la terre, ou la Terre et le firmament.
Allez, un petit récit finlandais pour la route, parce qu'il est beau :
"Avant la naissance du temps, la vierge, déesse des Eaux, laisse apparaître son genou à la surface des eaux primordiales. Le canard (maître de l'air) y dépose sept œufs dont six d'or et un de fer. La vierge plonge, les œufs se brisent dans les eaux primordiales :
Tous les morceaux se transformèrent
en choses bonnes et utiles :
le bas de la coque de l'œuf
forma le firmament sublime,
le dessus de la partie jaune
devint le soleil rayonnant,
le dessus de la partie blanche
fut au ciel la lune luisante :
tout débris taché de la coque
fut une étoile au firmament,
tout morceau foncé de la coque
devint un nuage de l'air
le temps avança désormais…".
(Extrait du recueil de chants finlandais – moitié du XIXe s. – le Kalevala, trad. J.-L. Perret)
(Le Livre des superstitions, Eloïse Mozzani, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1995, p. 1250)
On comprend donc que l'œuf fasse partie d'une tradition qui est antérieure au christianisme et que les rites n'ont pas du manquer avec lui.
Et comme l'œuf est aussi un symbole de renouveau de la nature, et de résurrection, il fait partie de la tradition de Pâques, fête de la Résurrection du Christ.
Certains spécialistes voient l'origine de cette tradition chrétienne dans le Carême qui en interdisait la consommation. Effectivement, que faisait-on des œufs non consommés… et pas trop vieux, qui étaient stockés en trop grand nombre ? Eh bien on les donnait aux enfants dès la fin du Carême (donc le jeudi saint qui précède Pâques) – ils en faisaient un jeu de les récolter à droite et à gauche dans des corbeilles… pour les manger en omelettes à Pâques.
Du reste, dans le Béarn, la coutume fut longtemps d'organiser une quête des œufs la veille de Pâques. Ce jour-la s'appelait le "samedi des œufs".
Au Moyen-Âge, la tradition voulait que les gens s'échangent des œufs auparavant bénis à l'église.
Par exemple au XIIIe siècle à Paris, les jeunes défilaient en cortège jusqu'au parvis de la cathédrale Notre Dame, au son des tambours et trompettes, pour y chanter les "Laudes" (office). Puis ils se dispersaient dans les rues pour faire la quête des œufs de Pâques.
Mais pour les nobles et les riches, les œufs de poules sont vite devenus des objets (de fabrique ou non) artistiquement décorés par des graveurs, des peintres et des orfèvres qui les sertissaient de pierres précieuses.
Watteau, entre autres peintres, oeuvra sur ce genre d'œufs de Pâques.
Mallarmé a écrit des vers sur ceux qu'il offrait.
Et les œufs de Fabergé à la cour de Russie restent célèbres.
Il y en eut ainsi de célèbres, notamment parmi ceux qui contenaient une surprise à l'intérieur ainsi que ça devint la mode dès le XVIe siècle :
- l'œuf géant offert par Louis XV à Madame du Barry : il contenait une statuette de Cupidon
- le brûle-parfum trouvé par Catherine II dans un œuf qui lui avait été offert
- la petite poulette cachée dans un œuf conservé à Copenhague dans les collections royales du château de Rosemborg.
La Révolution française aurait mis semble-t-il un terme à une coutume qui voulait que l'œuf le plus gros pondu pendant la Semaine sainte, revienne de droit au roi. Ouch ! C'était les "officiers de bouche" qui étaient chargés de l'opération de recherche. Ceci dit, le roi les donnait à ses gens de maison…. Et Louis XIV, par exemple, s'amusait à distribuer des œufs décorés à la feuille d'or, à ses courtisans.
Quant aux œufs en chocolat, leur moulage date de la première moitié du XIXe siècle. Mais déjà au XVIIIe siècle, on vidait les œufs (bonne affaire pour les gobeurs !) afin de les remplir de chocolat.