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Histoire du mariage et de son sens
Rédaction : Elsa
 
Les civilisations se font et se défont. Le mariage n'échappe pas à la règle de l'évolution - sa conception et son sens ont varié selon les temps et les lieux, avec les facteurs idéologiques, religieux, moraux, politiques et sociologiques.

Les arrangements de jadis (le mariage utilitaire)
Dans l'union d'une femme et d'un homme, c'était le plus souvent l'assurance d'un lignage et le peuplement de la communauté qui était visé.
Des femmes et des biens étaient échangés pour cela et la famille avait son mot à dire pour la conservation du patrimoine, excluant le choix personnel de ceux qui étaient "bons à marier".

Cependant, malgré qu'elle ait été un objet d'échange, la femme bénéficiait en retour  des droits et privilèges attachés à son statut de femme mariée… Mais elle restait soumise ! Le sujet qui accomplissait la pénétration était celui qui dominait ! 
Le maître de maison avait donc le pouvoir quasi absolu dans sa relation conjugale (tout comme d'ailleurs dans sa relation domestique, sociale et sexuelle avec ses concubines et ses esclaves). La femme devait soumission à son mari ainsi qu'on le lui chantait sur tous les tons.

Malgré cette conception du mariage (intégrée aussi par L'Eglise chrétienne de ces temps-là), circulaient déjà des textes païens qui mettaient l'accent sur la relation entre les époux plutôt que sur la relation utilitaire.

Quant à l'érotisme, il n'avait pas sa place dans le mariage chrétien. Pour parler de l'affection que se devaient les époux, ce sont les mots  d'agapé ou de caritas qui étaient employés. (M.-O. Métral, Le Mariage, les hésitations de l'Occident).

Puis on en est venu à parler de la relation entre les époux comme d'un compagnonnage raisonnable, affectueux et spirituel. C'était déjà une avancée !
Malgré tout, aux XIIe et XIIIe siècles, la femme a été souvent victime d'un mari brutal, et qui détenait dans le couple le monopole du plaisir.
Dans l'amour courtois (Moyen-Âge) les troubadours ont chanté la relation amoureuse qui s'établissait entre une femme noble mariée, et un homme célibataire. Là, le couple qui se créait trouvait son existence hors de la foi conjugale et instaurait une égalité et une réciprocité basées sur un échange des cœurs qui n'a plus rien à voir avec l'exploitation de la femme dans le mariage.

"L’Occitanie offre un exemple remarquable de la dialectique amoureuse: la femme de haut rang élit un vassal troubadour qui par l’art poétique la révèle à elle-même comme femme aimée. En l’aimant la dame rend l’amant égal à elle-même. De plus si l’union désirée est sans cesse repoussée à un futur inaccessible, si même elle est reconnue impossible, la femme dans le geste amoureux n’est pas passive comme dans l’union conjugale. En effet, l’«asag», sorte de jeux érotiques (dont les variantes vont de la contemplation par l’amant de la dame nue, aux baisers et aux caresses, mais comporte toujours la continence de l’amant), développe la sensibilité clitoridienne de la femme étouffée par le mariage. L’amant, en revanche, développe en lui une sensibilité plus diffuse, en renonçant à l’orgasme. Il y a comme une sorte d’échange entre les amants de la féminité et de la masculinité qui donne une expérience de totalité et renforce le lien d’amour. L’«asag» offre ainsi à la femme tout ce dont le mariage la laisse privée. L’amour courtois, bien qu’il se développe dans l’adultère, n’est pas contre nature: il permet même d’accéder à l’amour en ce qu’aimer et être aimé deviennent corrélatifs. Il est donc la conquête de l’égalité dans l’expérience nécessaire à l’amour. Il est amour total s’adressant à toute la personne, amour qui demeure donc insatisfait par l’acte sexuel lui-même, quand bien même il lui conférerait son sens de signe d’une union progressive." ((Universalis ©2000, Mariage)

Puis, au fil du temps, l'amour et la tendresse se sont peu à peu imposés dans le mariage, installant le concept de couple véritable, là où n'était qu'arrangement.
 
Les nouveaux chemins de liberté et d'amour - la victoire du couple
Aujourd'hui, le sens du mariage a quitté ses préoccupations économiques, sociales et parentales créant un nouveau type de mariage centré sur le couple - on se marie parce qu'on s'aime.
Place entière est faite au sexuel et à l'affectif tout comme sont prises en considération l'identité et la différence (d'ailleurs, les couples d'homosexuels sont de mieux en mieux considérés).
Maintenant, la femme a de nouveaux rôles à tenir, son rôle traditionnel de femme mais aussi de mère s'étant modifié tout en gardant sa valeur, notamment grâce aux progrès de la médecine et de la technique. Ceci lui permet de valoriser sa relation d'épouse… ou de refaire sa vie si son couple est un échec.
 
Le grand rite du mariage au fil du temps
Bien que perdant de son aura, il reste encore très important. Peut-être en raison du caractère solennel de l'engagement.
  • A l'origine, le droit canonique n'exigeait pas la participation d'un prêtre – seuls suffisaient le consentement des époux et l'acte sexuel pour que le sacrement fut acquis.
    "Boire, manger, coucher ensemble est mariage ce me semble." (adage de Loysel)
  • Puis le Concile de Trente (en 1563) rendit obligatoire la présence du curé de la paroisse de l'un des deux prétendants, ainsi que celle de 2 témoins pour assurer la publicité du mariage.
  • Quand la Révolution française instaura le mariage civil "au nom de la loi", le grand rite en prit un coup mais la solennité demeura. Qu'à cela ne tienne, la Révolution ne s'avoua pas vaincue pour autant : elle établit un nouveau rite – celui de la cérémonie devant le maire.
 Aujourd'hui, le rite civil voit son importance s'amenuiser pour ne devenir qu'un simple enregistrement. Un retour aux origines (cf début d'article) ?
La solennité a perdu de sa puissance, la publicité du mariage s'oublie, et l'importance sociale elle-même est bien atténuée.
 
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